
1979
Avoir le choix de faire ses propres choix.
Le train traversait le cœur aride de l’Espagne, à travers cette plaine brûlée par le soleil, le voyage promettait d’être long. A l’approche de la nuit, les derniers rayons du soleil envahissaient les wagons, tandis que Marie dans son compartiment, se sentait mal à l’aise. Une soudaine anxiété s’était emparée d’elle. « Ne reviens jamais ! ». Ces mots prononcés par son père lui faisaient écho dans sa tête. Sur la banquette en face, son mari sembla deviner les pensées qui l’agitaient.
- Ca va aller, ma chérie ?
Comme d’habitude, il suffisait d’une seule attention de Jean pour lui réchauffer le cœur. D’ailleurs, qui d’autre que lui pouvait mieux la comprendre, elle avait toujours connue cet homme. Petit, il était l’ami inséparable de son cousin Miguel, puis le garçon était devenu un bel homme. De larges épaules, la peau mate, un beau visage à la forte mâchoire et ses belles boucles brunes faisaient à ses yeux figure d’un véritable Dieux. Il avait eu à ses pieds la moitié des femmes de Sesimbra, et Judith aussi par la même occasion, ce qui l’avait agacé.
L’éclat vif qu’elle aperçut dans les yeux de Jean lui apprit qu’il avait lu dans son esprit. Lentement, il l’attira à lui, et soudain elle se sentit envahir par le désir au contact de ses mains.
Le lendemain matin, sur le quai de la petite gare, Sophie attendait à l’écart.
- Ca va Sophie ?
Sophie se tourna vers la femme qui se tenait derrière elle.
- Oui, Louise, ne t’inquiète pas.
Marie, institutrice à Sesimbra. Elle allait occuper le poste que leur père avait décidé pour elle des années auparavant. Comme cela lui paraissait étrange à imaginer.
- Marie avait tellement envie de s’en aller d’ici, que je me demande comment va se passer sa réinstallation.
- Elle a mûrie, Sophie. Et il y a Jean, j’espère qu’ils ne vont pas tarder à nous donner des enfants. J’ai envie d’être grand-mère ! répondit Louise.
Sophie hocha la tête.
- C’est vrai, il y a aussi Jean, dit Sophie.
- Tu t’inquiètes trop, comme toujours ! Répétait Louise.
Sophie promena le regard autour d’elle. Son excitation avait fait place à une déception qu’elle arrivait mal à dissimuler. Mais où est passé Judith ? Le sifflement du train vint retirer Sophie de ses pensées.
- C’est Sesimbra ! S’écria Marie. Nous sommes arrivés !
Jean se leva et baissa la vitre du wagon. Au loin, on apercevait le château, au sommet d’une échine, niché à plus de 200 mètres au-dessus de la mer, une position défensive de grande valeur qui avait permit au premier roi du Portugal, de l’enlever aux Maures dès 1165. Plus loin, s’élevaient les murailles crénelées qui enserraient le cimetière. Et ces belles vues sur le port pittoresquement adossé au pied de la falaise. On entendait les vagues de l’Atlantique se briser sur la côte. D’un geste joyeux, Jean embrassa Marie, qui s’abandonna dans ses bras. A travers la vitre baissée, la fraîcheur de l’air iodé les enveloppa comme une protection divine.
Jean se pencha à la vitre du wagon.
- Oui ! Cria-t-il. Nous sommes de retour ! Nous sommes chez nous !
- Maman, Papa ! Jean tombait dans les bras de ses parents, François et Louise Martin. Marie, cherchait du regard sa sœur Sophie.
- Je suis ici, Marie, derrière toi !
Sophie serra sa sœur dans les bras, et la couvrit de baisers. Elles demeurèrent ainsi pendant un moment, joue contre joue. Marie était revenue ! Ça va bien se passer, se disait-elle, je vais veiller sur elle, comme toujours.
- Jean !
- Bonjour Sophie. Jean serra dans ses bras sa belle-sœur. Qu’est-ce que c’est bon de te revoit ! Tu ne changes jamais, Sophie ! Je n’arrive pas à croire que nous allons à nouveau nous retrouver tous ensemble après tout ce temps.
Un concert de cris de bienvenue venait de faire irruption sur le quai de la gare. Comme une tigresse libérée de sa cage, la nouvelle venue s’écria.
- Bande de voyou ! Vous êtes en avance ! Moi qui voulait présider le comité d’accueil !
Marie se jeta dans les bras de Judith.
- Elle est là ! dit Sophie, submergée par une émotion trop familière. Je savais qu’elle n’aurait manqué ce moment pour rien au monde.
- Quand je pense que j’ai failli vous manquer ! dit Judith.
- Ca alors, tu n’as pas changé ? dit Marie en rigolant. Toujours en retard !